TCHAD : Projet « De l’eau pour tous », une initiative locale devenue réalité

La Fondation CST a pour objectif d’appuyer les associations locales dans la réalisation de leurs propres objectifs. C’est un travail sur lequel la Fondation s’est engagée dès le premier jour, permettant à l’Association d’Action contre le Sida (AAS) de Maïbo de mettre en oeuvre un projet d’adduction en eau potable d’envergure.

Retour sur le projet qui anime le Maïbo canton de Banda depuis maintenant 18 mois

La Fondation CST a soutenu l’Association d’Action contre le Sida (AAS) de Maïbo depuis le lancement de ses activités.

L’AAS est une association dynamique du canton de Banda, en 2008, elle commence à réfléchir sur un projet d’adduction en eau potable à destination de 10 villages du canton.

L’association AAS a monté le projet « De l’eau pour tous » et a obtenu une subvention du Fonds Social de Développement de l’Ambassade de France au Tchad pour l’implantation de 10 forages dans 10 villages de la zone (montant du financement 25 390 350 FCFA). Un lourd travail de sensibilisation doit être réalisé en amont et en aval des chantiers.

En effet, la logique du développement participatif veut que les communautés s’approprient le projet afin d’en assurer le succès grâce notamment à une véritable contribution de leur part.

Les Opérationnels Terrain de la Fondation, aux côtés des porteurs de projet, les membres de l’association AAS, se déploient  dans les villages bénéficiaires de manière à appuyer la mise en place de comités de gestion, d’inciter les populations à adopter des comportements responsables aux alentours de l’infrastructure hydraulique.

Le projet « De l’eau pour tous » travaille avec la technologie Vergnet, qui propose des pompes durables dont la spécificité est que les pièces à changer ponctuellement se trouvent en surface, rendant moins onéreuse toute réparation.

Dans chacun des villages bénéficiaires, deux personnes sont chargées de l’entretien de la pompe, du maintien de la propreté dans son pourtour, et de la mise à jour du cahier des cotisations des utilisateurs.

A l’heure actuelle, les villages de Banda, Maïmana, Gongo 2, Maïbo, Mallah, Kodberi bénéficient de leur propre pompe.

  Le Président de l’Association AAS, M. BERNARD DIKWA, nous parle de son association et de la mise en place de ce projet :

1.  Pouvez-vous nous présenter AAS ?

A.A.S signifie Association d’Action Contre le Sida de Banda/CST et a été créée en 2002.

Un groupe de jeunes de Maïbo s’est rendu compte des difficultés sociales et sanitaires qui frappent la population du Tchad en général, et celle du canton de Banda en particulier. Ces jeunes ont eu la volonté de s’unir en association pour limiter, voir enrayer, ces fléaux et tâcher de trouver des solutions favorables à l’amélioration des conditions de vie de la population. Ils ont donc décidé de créer AAS, dont les objectifs généraux sont repartis comme suit :

  • Mener des actions de lutte contre le sida, le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies ;
  • Œuvrer pour l’assainissement et l’amélioration des conditions d’hygiène du milieu ;
  • Lutter contre l’excision et les pratiques traditionnelles néfastes ;
  • Œuvrer pour la prise en charge globale des victimes des fléaux socio sanitaires et des catastrophes naturelles (maladies, inondations, incendies, sécheresses, dévastation, guerres, etc.…) ;
  •  Œuvrer pour la formation et l’éducation des jeunes du milieu.

AAS est une association composée de 13 personnes, dont 05 femmes et 08 hommes.

Au titre organisationnel, AAS est composée de la manière suivante :

  • Une Assemblée Générale ;
  • Un bureau exécutif, composé comme suit :
  • 1 Président ;
  • 1 Secrétaire Général ;
  • 1 trésorier Général ;
  • 1 chargé de communication et de l’animation ;
  • 1 Conseiller.
  1. Comment et quand vous est-il venu l’idée de ce projet ?

En 2007, l’idée nous est venue d’élargir nos actions qui  se cantonnaient principalement aux sensibilisations de lutte contre le sida. Car les objectifs initiaux d’AAS s’étendaient sur plusieurs domaines. En tant que jeunes vivant la réalité du milieu, nous avons réfléchi à 4 différents micro-projets, à savoir:

  • Le micro projet « latrine » : nous avons constaté que la majorité des populations riveraines à la CST défèquent à l’air libre, donc le risque de contamination par les maladies opportunistes est grand (cholera, bilharziose, fièvre typhoïde etc.…)
  • Le micro projet « eau pour tous » : les eaux consommées sont des points d’eaux à ciel ouvert (fleuve Chari et puits traditionnels dont la plupart sont infectés par des vers)  ce qui expose la population aux maladies.
  • Le micro projet  « centre culturel »: les jeunes n’ont pas de lieu de loisir, ni de lecture, ce qui les poussent vers les lieux de consommation de boissons locales, et cela engendre des bagarres et du désordre au village
  •  Le micro-projet « éducation pour tous » : le canton Banda, comptant plus de  50 000 personnes, n’a qu’un seul lycée et quelques rares collèges communautaires, dont les frais d’inscription ne sont pas abordables par toutes les différentes couches paysannes. Nous souhaitions que tous les jeunes aient accès à l’éducation

Ces 4 projets étaient notre priorité car ils permettaient d’apporter une solution, même partielle, aux divers problèmes sanitaires et éducatifs que rencontre le canton Banda/CST. Apres plusieurs enquêtes faites auprès des habitants du canton, nous avons décidé de débuter par les projets de l’ « eau pour tous » à travers le forage de puits, et de l’ « éducation pour tous » à travers la création d’un collège communautaire. Grâce à l’appui de la Fondation CST, AAS est arrivée à signer un Protocole d’accord avec le Fond Social de développement pour l’implantation de 10 pompes hydrauliques de marque Vergnet dans 10 villages du canton Banda.

En 2009, les membres d’AAS ont également créé le Collège Avenir des Jeunes qui couvrait 2 niveaux (6e et 5e).  Malgré les difficultés financières, le collège communautaire vient de débuter la 3ème année scolaire, avec l’ouverture de 4 niveaux (de la 6e à la 3e). Cela a été rendu possible grâce à des nombreux enseignants bénévoles, jeunes bacheliers et volontaire de la Fondation CST.

Photo de classe collège avenir des jeunes de Maïbo

Le Collège Avenir des Jeunes, un projet devenu réalité grâce à l'AAS

  1. Comment vous-êtes vous organisés pour monter le projet, et comment avez-vous pu obtenir l’adhésion de 10 villages ?

Grâce à trois différentes formations dispensées par l’association BAOBAB sur le thème du montage de projet, AAS est parvenu à monter ces différents projets de manière autonome, en se basant sur les besoins prioritaires du canton.

Avant de réaliser les forages, AAS faisait déjà les traitements des puits traditionnels au chlore, pour éradiquer les vers, dans les 10 villages concernés par le projet « de l’eau pour tous ». AAS savait donc que le besoin en eau potable de ces villages était important. Différentes séances de sensibilisation sur la qualité de l’eau, ont permis à la population d’en venir à la même conclusion.

  1. L’association AAS avait elle déjà obtenu des financements extérieurs ? Si oui, dans quel cadre ?

Oui, un financement avait déjà été octroyé à AAS en 2006 par FOSAP (programme de la banque mondiale) dans le cadre de lutte contre le Sida

  1. Vous avez dû vous déplacer à Ndjamena pour présenter votre projet devant la commission de l’ambassade de France, pourriez vous nous raconter ?

Bien évidement, en tant que président d’AAS, j’ai présenté AAS devant la commission de l’ambassade de France à Ndjamena. En réalité, j’étais dépaysé ce jour là, par le fait qu’a ma grande surprise, on m’a introduit dans une salle bien équipée et inondée des différentes commissions et des représentants des différents ministères. Dans un premier temps, j’ai répondu à une 1ère question qui consistait à présenter AAS dans son intégralité, puis la 2nde question était de savoir quelles sont les retombées positives des installations hydrauliques ? La dernière était de savoir pourquoi AAS, dans ses objectifs ne devrait pas opter pour l’adduction en eau potable. « Mais n’existe il pas d’autre organisation dans le canton pour solliciter cela » ? En qualité de représentant, j’ai pu me défendre. Car l’eau c’est la santé, la force et la vie de l’homme. Toutes les organisations n’ont pas les mêmes pensées ni visions, voir réflexions. Bien sûr, les objectifs d’AAS lui permet d’opter pour ce projet. Séance close.

  1. Une fois les premiers fonds débloqués, peut-on dire que le projet a pu être mis en œuvre sans la moindre difficulté ?

Après le déblocage du 1er  fonds, l’installation des hydrauliques a commencé, sauf qu’une seule difficulté a été rencontrée, mais elle est d’ordre financier. Car le projet stipule que, chaque village doit cautionner une somme de 150 000 F sous forme de participation communautaire, permettant à AAS de mener à bon port les activités. Cela n’a pas été respecté comme il se doit. Les différents versements sont arrivés au compte goûte.

  1. Comment l’AAS a-t-elle pu faire face à ces difficultés ?

La multiplication des séances de sensibilisation était la seule solution.

  1. Pouvez-vous décrire les différentes phases pour chaque village ?

Notre projet a nécessité de nombreuses activités :

–          Sensibilisation villageoise 1 : axée sur la comparaison des eaux (celle du fleuve, celle du marigot, celle du puits traditionnel et celle d’un forage comme celui que nous comptions implanter

Au village de Banda, sensibilisation sur les différentes qualités d'eau

–          Sensibilisation villageoise 2 : Axée sur la description des maladies causées par l’eau (nom des maladies, symptômes, traitements et prix des médicaments, avec une sensibilisation sur le phénomène préoccupant de la falsification des médicaments)

–          Sensibilisation villageoise 3 : Axée sur l’importance de la participation communautaire et sur l’appropriation du projet par les villages bénéficiaires, ce n’est pas le forage de l’AAS que nous voulons installer, c’est bel et bien le forage du village

–          Adhésion du village autour du projet : Formalisée par une lettre d’engagement de participation communautaire, signée par le chef du village, décrivant l’emplacement rétrocédé à l’ouvrage communautaire

–          Mise en place et formation des comités de gestion et des « chargés de pompe »

–          Campagne de récolte des fonds : cette phase a été assez difficile, même s’il convenait de récolter entre 200 FCFA Et 500 FCFA par famille, nous avons du repasser maintes fois dans les villages. A noter que nous avons créé un compte d’épargne pour chacun des villages à la caisse PARCEC de Maïbo, pour que les versements de chaque village puissent être versés dans la transparence et qu’à tout moment le village ou le comité de gestion puisse contrôler l’état du compte et le reliquat à atteindre pour finaliser la participation financière du village.

–          Sensibilisation villageoise 4 : Vulgarisation des techniques d’assainissement et d’hygiène corporelle à l’endroit de la population (comment puiser de l’eau sans abîmer la pompe, aménagement du périmètre sanitaire autour de l’ouvrage, gestion de l’ eau, incitation à un comportement responsable, nettoyage des contenants de l’eau, hygiène des mains

–          Mise en œuvre du forage : avec participation des « chargés de pompe », l’entrepreneur a réalisé une formation sur les techniques de réparation (il faut savoir que la pompe vergnet a l’avantage d’avoir la plupart des pièces de rechange en surface, ce qui rend plus facile les interventions de maintenance)

–          Suivi et évaluation : réalisée à 30 jours de la fin des travaux et de manière continue jusqu’à aujourd’hui.

  • Aujourd’hui, il semble que le projet soit atteint à 70 %,  avez-vous des retombées positives de la part de la population ?
  • Oui, grâce à nos enquêtes sur le terrain, réalisées après les installations des forages. Dans ces enquêtes beaucoup des paysans affirment, par exemple, que : « votre eau est vraiment potable, car nous ne sentons plus les maux de ventre comme auparavant. » « Elle a un bon goût pour le moment. »

     

    Le président de l'AAS en plein travail

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